La tour de Poulseur - Une restauration qui touche au but.

Sous la direction des bureaux d’architectes Paul Lejeune d’Esneux et Michel Fellin de Liège, le gros œuvre est presque terminé. Travail considérable, ne serait-ce que par la verticalité du bâtiment, duquel il ne restait que les quatre murs qui ont résisté un incendie dans le courant du XVIII ème siècle. Les pierres rougies encore apparentes en témoignent.

Premier facteur d’étonnement, comment des murs maçonnés à la terre, non protégés depuis 300 ans ont-ils pu résister aux agressions des intempéries ? Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, un rejointoiement à la chaux a suffi pour rendre sa fonction à la maçonnerie porteuse (sur 20 m de haut, rappelons-le). Hormis une simple couverture des crêtes des murs réalisée par ses grands-parents, Monsieur Van Zuylen, le propriétaire et maître d’œuvre hésite à avancer une explication. Admettons que la stabilité du sous-sol y est pour quelque chose et mettons le reste sur le compte du miracle !

Outre le rejointoiement (ou rejointoyage comme on dit chez nous), les principaux travaux de maçonnerie extérieure ont été consacrés aux « têtes de moule » des encadrements de porte. Ces moellons, en grès bien-entendu, proviennent d’une carrière toute-proche, Carrières Thomas à Poulseur, et présentent une texture tout à fait identique aux pierres originales. Normal, même si les premiers bâtisseurs ont prélevé les pierres sur place, probablement sur le rocher même où a été érigée la tour, les carrières voisines sont installées sur la même veine géologique.

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Certains encadrements ont pu être conservés.

Signe de l’exceptionnelle stabilité de l’enveloppe du bâtiment certains encadrements de fenêtres ont pu être conservés. Les nouvelles pièces sont taillées et fabriquées à l’identique, dans du calcaire par une autre entreprise locale, chez Jules Delgombe, tailleur de pierres à Mont.

L’intérieur du bâtiment, quant à lui n’est pas classé, ce qui permet une certaine souplesse pour s’adapter aux conditions d’habitat moderne. Sur les 4 étages des hourdis de béton ont été placés et des chapes coulées en y englobant les câbleries électriques et les tuyauteries de chauffage. Mais certains éléments architecturaux typiques du moyen-âge ont été remis en valeur. Les coussièges, ces bancs aménagés dans l’épaisseur du mur, sous les fenêtres permettaient aux veilleurs de s’installer d’une manière plus ou moins confortable. Un confort comme on le concevait au moyen-âge, il s’entend. Garnis de coussins contemporains, ils pourront devenir un nid douillet pour lire ou travailler sur un PC portable.

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Les coussièges à deux étages différents, remarquez l’épisseur des murs qui s’en va en diminuant aux étages supérieurs.

 

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Les menuiseries fonctionnelles et les encadrements en calcaire. l’encoche dans l’encadrement de porte se prolonge dans la maçonnerie et permettait de glisser la poutre qui barricadait la porte.

Même souci de réhabiliter la serrure de la porte d’entrée. Enfin, serrure si on peut dire. La tour était à l’origine une place forte, qui se devait d’être inviolable ; la porte principale devait sans-doute peser des tonnes, et une serrure métallique n’eut pas été assez solide. Le système de la poutre placée en travers de la porte offrait plus de résistance. Mais on imagine l’encombrement de cette lourde pièce de bois lorsque la porte était déverrouillée. L’idée astucieuse demandait l’intervention des maçons et tailleurs de pierre. Ils ménageaient un espace dans le mur de façon à ce que la poutre puisse coulisser à l’intérieur du mur où elle disparaissait complètement.

Les escaliers en colimaçon, nous emmènent au dernier étage, sous le toit et donc sous la charpente. Les marches sont en pierre de Bourgogne et, signe des temps, le nez de chaque marche sera équipé d’un éclairage LED. La charpente est en chêne, les poutres ne sont pas boulonnées entre-elles mais chevillées. Elle présente peut-être un aspect un peu différent de la charpente originale, non pas par sa méthode d’assemblage, mais par la régularité des pièces de bois. Au 13ème siècle les poutres étant équarries à la main, on se formalisait moins sur le calibre de celle-ci et sur leur finition.

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La charpente de la toiture à quatre pans, avec le poinçon central. Toiture en ardoises, comme il se doit.

Enfin, si le propriétaire envisage un chauffage par pompe à chaleur alimentée en électricité par un suiveur solaire (hors de question de placer des panneaux sur la toiture d’un bâtiment classé), poulseur chemineesil reste à trouver ou à reconstruire deux cheminées sur le modèle de celles d’origine dont on sait finalement bien peu de choses puisque subsistent seulement les emplacements et le double conduit original.

Si vous possédez donc dans votre grenier, deux cheminées monumentales moyennageuse, vous pouvez faire des heureux.

Voir l’histoire de la Tour de Poulseur

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D’autres photos de la Tour avant et pendant la restauration : Blog de Vincent Rixhon

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